Année internationale des agricultrices : Communauté de Pratique de CRFS Afrique de l’Ouest

À l’occasion de l’Année internationale de la femme agricultrice, nous avons l’honneur de vous présenter les témoignages de trois agricultrices. Elles font partie des nombreuses femmes qui ont fait preuve d’un dévouement et d’une créativité sans faille, tout en œuvrant en faveur de l’égalité, dans l’une des régions les plus difficiles du monde.


Houreye Boukari
De la semence aux solutions : parcours d’une agricultrice dans sa quête pour l’amélioration de la nutrition et la résilience de sa communauté au Niger

Houreye Boukari

Houreye Boukari est membre de « Hareyben », une union d’agriculteurs nigériens basée à Tera. L’Union Hareyben est membre de la fédération MOORIBEN, une faîtière d’agriculteurs et agricultrices du Niger. Dans le cadre de ses efforts visant à améliorer les moyens de subsistance et à renforcer la résilience dans un double contexte d’insécurité alimentaire et physique, Houreye ne se contente pas d’exercer son métier d’agricultrice. Elle collabore également avec des chercheurs afin de trouver des solutions contextuellement adaptées aux problèmes auxquels sont confrontés les systèmes agricoles. Par la suite, elle aide à la mise en œuvre effective des dites solutions et à les diffuser auprès des membres de sa communauté.

Houreye est une figure de proue au sein d’un réseau de femmes qui travaillent dans des centres de transformation locaux. Dans ces centres, les femmes transforment des céréales, des légumineuses, des fruits, des produits forestiers non ligneux et des légumes locaux en farines nutritives. Ces activités de transformation des femmes leur permettent de générer des revenus indispensables à leurs groupes. Elles vendent les produits transformés pour lutter contre la malnutrition chez les enfants et les populations déplacées, et pour générer des revenus, tant pour les agriculteurs que pour les groupes de transformatrices. Le changement positif remarquable résultant de ces activités est mis en évidence dans les explications suivantes de Houreye : « Auparavant, si un enfant souffrait de malnutrition, il fallait se rendre au centre de santé, et la sage-femme nous disait quoi faire. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin d’aller au centre de santé pour cela. Nous avons nos propres produits. Les femmes qui travaillent dans les centres de transformation savent comment préparer les aliments nutritifs qu’elles peuvent donner à leur enfant pendant quelques semaines, et le défi de la malnutrition disparaît. »

Les centres de transformation, qui ont vu le jour dans le cadre d’un projet de recherche axé sur la production de semences, sont apparus comme le chaînon manquant de l’effort de recherche.  L’idée est alors venue de transformer les céréales récoltées à partir de variétés améliorées en mélanges nutritifs. Au fil du temps, grâce aux financements de recherche du CRFS—alors appelé CCRP—et à l’engagement des chercheurs nigériens, un premier centre implanté dans une ville majeure a donné naissance à des centres secondaires dans des villes plus petites. Aujourd’hui, les femmes mettent en place des centres de troisième niveau dans des villages plus petits, visant à produire leurs propres farines au bénéfice de leurs communautés.

L’Union Hareyben forme ses membres à la sécurité alimentaire, au leadership, au marketing et au développement de partenariats, comme l’explique Houreye : « Les femmes qui s’intéressent à la transformation sont très déterminées. Elles s’investissent corps et âme pour aider les autres. Et quand j’apprends, beaucoup d’autres bénéficient de mes compétences. Ces femmes s’investissent elles aussi dans la transformation. Ainsi, on reste ensemble pour aider les autres à l’avenir. »

Outre ses activités dans le domaine de la transformation des céréales, Houreye se consacre également à la production de petit mil, et a contribué à la lutte biologique contre le ravageur mineur des épis de millet perlé en utilisant des sachets de lâcher de parasitoïdes fabriqués localement.

En résumé, Houreye a mis à profit son expérience d’agricultrice et de leader pour mettre en œuvre des innovations issues de la recherche, en phase avec son contexte local, créer des opportunités d’apprentissage pour d’autres femmes et générer des revenus. Ce faisant, elle a apporté une contribution remarquable au renforcement de la sécurité alimentaire tant des communautés locales autour de Tera que des nombreuses personnes déplacées de sa région. Ces efforts contribuent à lutter contre la faim et la malnutrition, et à renforcer la résilience dans le contexte difficile de la région du Sahel.


Aminata Sanogo
Des aliments à base de céréales complètes à la gouvernance : une agricultrice qui fait bouger les choses dans les zones rurales du Mali

À gauche et en bas : Aminata Sanogo ; en haut à droite : préparation collective de repas nutritifs dans le village de N’Golobougou

Mme Aminata Sanogo est une agricultrice de 48 ans vivant à N’Golobougou, dans le district de Dioïla au Mali. Veuve et mère de cinq enfants, elle est reconnue comme l’une des femmes les plus influentes de sa communauté. Son parcours témoigne de l’importance des savoirs locaux, de l’apprentissage par la pratique et de l’engagement communautaire, qui peuvent être tout aussi déterminants que l’éducation formelle pour exercer un rôle de leadership.

Cela fait plus de dix ans qu’elle a commencé à cuisiner le Tô — un plat typique de la région — a base des grains de sorgho entiers, sans les décortiquer pour en enlever le son. Dans une société où les femmes et les filles sont censées consacrer beaucoup de temps au pilage et décorticage des céréales, cette pratique de la transformation directe des céréales complètes en aliment avait un coût social. « Il y a une stigmatisation sociale importante qui empêche de manger le grain complet», explique Animata. « Si tu manges le tô avec le son, cela sous-entend que tu dois être vraiment pauvre car tu manges tout ce que tu peux avoir. » Mais Aminata savait que près de la moitié des micronutriments essentiels, comme le fer et le zinc, sont perdus lors du décorticage des grains, et que sauter cette étape permettait aux mères de gagner du temps à consacrer à leurs enfants. Elle a également commencé à apprendre aux femmes de son quartier à préparer des plats à base de sorgho et de mil, en utilisant des grains entiers ou en les mélangeant avec du niébé, qui est une légumineuse riche en protéines.

Elle a continué à développer ses connaissances au sein de la coopérative Kolanban, avant d’adhérer à la coopérative JEKAFO, dont elle est l’une des principales fondatrices et où elle occupe aujourd’hui le poste de secrétaire aux relations extérieures. Cette coopérative est membre de l’ULPC (Union Locale des Producteurs de Céréales) qui assure la mise en œuvre d’un projet de recherche coordonné par l’ICRISAT, Networking for Seed. Aminata s’est ainsi engagée dans la recherche collaborative avec des techniciens et des chercheurs où elle a acquis une expertise en production semencière, en essais variétaux de sorgho et d’arachide, et en pratiques agricoles durables. Elle joue aujourd’hui un rôle de relais dans le partage des connaissances au sein de sa coopérative et elle est membre du comité de gestion des semences de N’Golobougou. « La collaboration entre les producteurs et les chercheurs nous a permis de mieux comprendre les techniques de production de semences, de connaître la différence entre les variétés OPV et hybrides, et d’avoir la capacité de vendre les semences sans difficulté à d’autres producteurs. Aujourd’hui, les femmes sont davantage impliquées dans les activités de l’organisation et participent activement aux prises de décision. »

Aminata a également suivi des formations en leadership, à l’approche GALS (Gender Action Learning System), à la préparation de biofertilisants et à la transformation agricole, renforçant ainsi ses compétences techniques et sa capacité à soutenir d’autres femmes.

Aujourd’hui, elle occupe plusieurs fonctions au sein de sa communauté : conseillère municipale à la mairie de N’Golobougou, présidente de la section locale de la Fédération Nationale des Femmes Rurales (FNAFER), relais communautaire au niveau du CSCOM de N’Golobougou sur la nutrition des enfants et des femmes enceintes, membre du comité des femmes transformatrices et secrétaire administrative du groupe d’épargne et de crédit « Tekereni », appuyé par l’ONG CAEB. Elle contribue également à la promotion de l’alphabétisation des femmes et des jeunes dans la commune et participe activement à la sensibilisation communautaire en tant que membre du réseau des communicateurs traditionnels de N’Golobougou.

En plus de tout cela, Aminata cultive des arachides, du riz, du niébé et des légumes sur sa propre ferme et les vend au marché hebdomadaire de N’Golobougou, démontrant ainsi toute la valeur des agricultrices dans la production agricole, le leadership communautaire et la gouvernance.


Maïmouna Yonaba
Déracinée mais pas vaincue : cultiver l’espoir dans la zone de conflit au Burkina Faso

À partir de la gauche : Maïmouna Yonaba ; galettes de patate douce ; transformation et cuisson collectives

​​​Maïmouna YONABA vit au Burkina Faso, un pays d’Afrique de l’Ouest dans la région du Sahel, une zone relativement aride entre le Sahara et la zone plus au sud qui reçoit davantage de pluie. Le Sahel est affecté par une crise d’insécurité qui a forcé environ 3 millions de personnes à se déplacer à l’intérieur de leur pays, et environ 2.6 millions à se réfugier dans d’autres pays.1 Plus spécifiquement, le Burkina Faso comptait environ 2 062 534 de personnes déplacées internes. 2 Cette situation affecte négativement la sécurité alimentaire des personnes concernées.

Maïmouna Yonaba est une mère de 7 enfants. Son village a été affecté par cette insécurité et elle a dû fuir avec sa famille. Installée désormais dans le village de Mocomtonré (commune de Diabo), elle a décidé de se battre pour nourrir les siens. C’est là qu’elle a croisé le chemin de l’Association Nourrir Sans Détruire (ANSD).

Avant, ​​​Maïmouna ne savait que bouillir ou frire la patate douce à chair orange (PDCO). En période de récolte, une grande partie pourrissait par manque de techniques de conservation. Grâce à l’accompagnement de ANSD, elle a bénéficié, avec d’autres femmes, d’une formation qui leur a appris à éplucher proprement les patates, à les découper en très fines rondelles (émincer), puis à les faire sécher. C’est ce produit émincé et séché qui se conserve durablement.

​​Elles ont ensuite appris à réduire ces morceaux séchés en une farine fine. La formation leur a enseigné comment utiliser cette farine pour diversifier l’alimentation des ménages et du marché, notamment pour préparer du tô, de la bouillie pour les enfants, et bien sûr, des gâteaux.

Au-delà de la sécurité nutritionnelle de son foyer, ​​​Maïmouna est devenue une entrepreneure. Avec ses gâteaux de patate, elle a conquis le marché local. « Nous vendons au marché maintenant, et les gens s’étonnent et demandent : “Est-ce que vous arrivez vraiment à faire du gâteau avec ça ?” », raconte-t-elle avec fierté.

Un groupe de 25 femmes tournées vers le commerce
Face au défi de l’accès à la matière première en cette période, ​​​Maïmouna et ses consœurs ont fait preuve d’une formidable capacité d’organisation. Elles se sont regroupées au nombre de 25 femmes, mettant en commun leurs maigres ressources à travers une cotisation pour s’approvisionner directement sur le marché et faire tourner leur commerce.

Un message d’espoir
Malgré la situation sécuritaire difficile, ​​​Maïmouna reste optimiste. Elle encourage toutes les femmes à cultiver et transformer la patate douce : « Avec ces techniques de conservation, on peut avoir le produit à tout moment pour le consommer ou le vendre. »

En cette Année internationale des agricultrices, le parcours de ​​​Maïmouna prouve que les femmes sont les piliers de la sécurité alimentaire, de la santé de leurs ménages et de l’économie de leurs villages respectifs.


NOTES
1. Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM) (mars 2026).
2. Secrétariat Permanent du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (SP-CONASUR) (2023).

Date:

7/7/2026

Resource Type:

Learning / story

Community of Practice:

West Africa